12.09.2017, 00:01  

Centaines de milliards de dégâts

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Aux Etats-Unis, on parle de 190 milliards de dollars de dégâts  pour le seul ouragan Harvey.

 12.09.2017, 00:01   Centaines de milliards de dégâts

Par Rachel Richterich

Les coûts de Harvey ou d’Irma devraient battre des records, de quoi inquiéter les assureurs, même si les contrats n’en couvrent qu’une partie.

Cumulés, les coûts des ouragans Harvey et Irma devraient atteindre des sommets. S’il est encore tôt pour formuler des chiffres exacts, rien qu’aux Etats-Unis, ils devraient s’élever à près de 290 milliards de dollars, un montant équivalent à 1,5 point de pourcentage du produit intérieur brut américain, selon Accuweather. L’institut de météorologie privé calcule qu’à lui seul, Harvey,...

Cumulés, les coûts des ouragans Harvey et Irma devraient atteindre des sommets. S’il est encore tôt pour formuler des chiffres exacts, rien qu’aux Etats-Unis, ils devraient s’élever à près de 290 milliards de dollars, un montant équivalent à 1,5 point de pourcentage du produit intérieur brut américain, selon Accuweather. L’institut de météorologie privé calcule qu’à lui seul, Harvey, qui a provoqué de ravageuses inondations au Texas, pourrait coûter 190 milliards, devenant la catastrophe la plus coûteuse de l’histoire du pays devant Katrina (160 milliards en 2005). Dans les Antilles, le réassureur public français (Caisse centrale de réassurance) évalue les dommages provoqués par Irma à 1,2 milliard d’euros, soit d’ores et déjà un record pour la France.

Mais les assurances n’en couvrent qu’une partie. «En général, de 20% à un quart des dommages seulement sont assurés», indique Jean-Paul Jeckelmann, directeur des investissements à la banque Bonhôte, à Neuchâtel. «D’une part, car ne sont couverts que les biens des privés – immobilier, voitures, œuvres d’art», poursuit-il. Et puis, si les risques commerciaux sont généralement bien assurés, du côté des particuliers, pas tout le monde n’est couvert, que ce soit en raison de ressources financières insuffisantes ou du caractère non obligatoire de se prémunir du risque. Tout dépend aussi de la typologie du sinistre, «les particuliers sont peu couverts pour les dégâts d’eau, davantage pour les dommages dus au vent», précise Loïc Bhend, analyste spécialisé dans les valeurs financières chez Bordier&Cie, à Genève.

Pertes limitées

Ainsi, dans le cas d’Irma, considérée comme la tempête la plus puissante jamais enregistrée dans l’Atlantique, une bonne moitié des sinistres – près de 60 milliards de dollars – sont couverts. Les experts de Credit Suisse, qui, pour leur part, évaluent les dommages économiques liés à Harvey entre 60 et 120 milliards, estiment que les assureurs devront débourser 15 milliards de dollars pour des dégâts que l’ouragan aura causés à la propriété. Cumulés, ces montants frôlent des records. «A titre de comparaison, Katrina, l’ouragan le plus cher de l’histoire, avait coûté 70 milliards aux assureurs», relève Loïc Bhend.

Dans l’immédiat, si les résultats des acteurs de la branche feront les frais des sinistres – 2,5 milliards de francs pour Swiss Re, ce qui représente pratiquement l’intégralité de son bénéfice, relève Loïc Bhend –, pas de quoi affecter leur solvabilité. Ils ont d’ores et déjà déployé des stratégies pour se couvrir de ces risques. Que ce soit par le biais des réassureurs – les assureurs des assureurs, qui couvrent tout ou partie de certains événements contre lesquels le groupe d’assurance a choisi de s’assurer.

Ou encore via les «cat-bonds», les obligations catastrophe en français, un instrument financier créé il y a une vingtaine d’années, mais qui a connu un essor après l’ouragan Sandy, en 2012: l’assureur émet un coupon sur un événement – un tremblement de terre au Mexique, un typhon au Japon ou un ouragan aux Bahamas, par exemple. L’acheteur, ou investisseur, reçoit de 5 à 7% – voire plus de 8% – du montant s’il ne se produit pas, bien davantage qu’un intérêt sur un prêt classique dans un environnement de taux historiquement bas, explique Jean-Paul Jeckelmann. Si, en revanche, la catastrophe se produit, l’assureur dispose d’un montant supplémentaire aux primes pour couvrir les dommages et l’investisseur perd la mise, d’où l’intérêt d’investir dans un portefeuille diversifié de risques. «On part du principe que tous les événements ne vont pas se produire», poursuit-il.

Hausse des primes

Or, «cette probabilité tend à diminuer, à en croire la multiplication récente des catastrophes naturelles», observe Loïc Bhend, en conséquence de quoi les coûts des dégâts et donc des rétrocessions augmentent. Une tendance qui est de nature à faire augmenter à terme les primes des réassureurs. «C’est ce qu’a laissé entendre Swiss Re, hier, en marge d’une réunion annuelle du secteur à Monte-Carlo, en évoquant une stabilisation des prix, alors que depuis 2012 les primes ne font que baisser», souligne Loïc Bhend. Par effet de cascade, les primes des assureurs pourraient elles aussi augmenter.

De quoi fragiliser davantage des ménages lourdement affectés par la catastrophe. Les analystes de Mirabaud Securities relèvent que les effets d’Harvey sur la population et l’économie sont déjà visibles dans les récentes statistiques: le marché automobile américain a reculé en août et les inscriptions hebdomadaires au chômage ont atteint un pic depuis avril 2015, dans la semaine achevée le 2 septembre. Et même si la trajectoire d’Irma a finalement évité les grandes agglomérations en Floride, le secteur agricole pourrait payer un lourd tribut dans cet Etat, premier producteur de tomates, d’oranges, ou encore de canne à sucre du pays, soulignent les experts de la banque genevoise, qui prévoient une hausse des prix.


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