08.09.2017, 00:01  

«En un été, on a perdu notre innocence»

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En 2017, Indochine fait la synthèse de tout ce que le groupe a pu être et représenter durant ses trente-six ans de carrière.

 08.09.2017, 00:01   «En un été, on a perdu notre innocence»

Nicola Sirkis sort ce vendredi «13» et condense une treizième fois sur disque le spleen noir du seul groupe de stade français en exercice. Un album qui cherche la réconciliation dans le chaos du monde.

L’image est parlante. Le rouge, couleur chère au groupe, coule en bandes régulières mais déchirées, explosées. Indochine s’y baigne, s’y fond, son leader Nicola Sirkis adoptant une pose christique pour mieux embrasser la symbolique. Sang versé et rédemption. Treizième album en date du groupe français, «13» sort aujourd’hui même et a beaucoup à voir avec cette double dimension, la...

L’image est parlante. Le rouge, couleur chère au groupe, coule en bandes régulières mais déchirées, explosées. Indochine s’y baigne, s’y fond, son leader Nicola Sirkis adoptant une pose christique pour mieux embrasser la symbolique. Sang versé et rédemption. Treizième album en date du groupe français, «13» sort aujourd’hui même et a beaucoup à voir avec cette double dimension, la souffrance et la sérénité retrouvée. Il faut dire que depuis «Black City Parade» (2014), la face du monde a changé. Les attentats du Bataclan, les migrants morts en mer, l’obscurantisme de retour au plus haut niveau du pouvoir mondial... Le leader historique du seul groupe de stade français a dû absorber ces chocs avant de leur donner un écho textuel et mélodique.

De l’insouciance à la guerre

Rencontré dans un luxueux hôtel lausannois, il raconte. «Qu’est-ce qu’on peut bien écrire, raconter?... Quels mots peut-on trouver après avoir appris que 90personnes se sont fait massacrer dans une salle de concert? On est passé d’un état d’insouciance à un état de guerre en une nuit et on a perdu notre innocence en un été...» Nicola Sirkis, comme beaucoup d’autres, aura eu du mal à digérer, à intégrer la monstruosité des faits. Et c’est le cas encore aujourd’hui. «J’ai du mal à accepter que le Bataclan ait rouvert. On aurait dû en faire un lieu de silence et de mémoire. Un sanctuaire. Je n’y jouerai en tout cas plus», appuie-t-il.

50 nuances d’Indochine

Le chanteur, qui se posait alors des questions sur le futur à donner à Indochine, a dès lors dû faire le vide, partir, voir ailleurs, pour que l’inspiration puisse revenir. Géographiquement comme musicalement. «J’ai voyagé, mais je me suis aussi beaucoup intéressé à la musique électronique. J’ai travaillé sur de nouveaux logiciels qui me rappellent beaucoup les premiers synthés avec lesquels on travaillait.» Corollaire direct, les sonorités originelles d’Indochine, ce charme un brin naïf des sons de claviers, reviennent sur le devant de la scène.

«C’est vrai que plusieurs versions d’Indochine se croisent, voire se confrontent sur ce disque. «Suffragettes BB» sonne un peu comme on sonnait dans les années80. «Black Sky», c’est plus un morceau lyrique très années90. «Kimono dans l’ambulance» ou «Station 13» sont très new wave...» Une façon pour Indochine de regarder dans le rétroviseur, lui qui a toujours poursuivi le frisson adolescent? «C’est peut-être un bon moment pour le faire... Mais ce truc de la jeunesse, c’est quelque chose qui fait intégralement partie du groupe. En étant toujours dans un groupe de rock à 58ans, je vis un peu une adolescence éternelle. Et paradoxalement, même très jeune, je me sentais plus adulte que les gens de mon âge...»

L’injustice comme moteur

Lorsqu’on lui demande ce qui, en lui, déclenche l’envie d’écrire et de composer, Nicola Sirkis revient sur les sensations d’enfance, la cour d’école, toute la beauté et la violence du monde déjà là, à l’état embryonnaire. «ça ne s’arrête jamais, en fait, la cour d’école. L’injustice, les meutes, les bastons, les disputes ridicules... Le départ des chansons, c’est souvent un événement qui m’y ramène.» Comme l’image du président Trump tout juste élu signant un décret sur l’avortement entouré d’hommes uniquement. «J’ai écrit «Suffragettes BB» par rapport à ça. C’est fou ce qu’on a fait subir aux femmes, et c’est fou que ça dure encore. De tout temps, on a culpabilisé les femmes, disposé de leur corps comme s’il n’était pas le leur.» Donald encore est la cible de «Trump le monde», charge sincère mais un rien maladroite. «Je le vois comme un vieux gars qui a réussi mais qui a raté sa vie et qui tente un dernier baroud d’honneur complètement cynique.»

Engagé dans le discours, offensif, «13» est pourtant le plus touchant lorsqu’il prend un pas de recul. Comme sur «La vie est belle», magnifiquement mis en clip par Asia Argento. L’histoire d’une vie belle, heurtée, qui s’achève prématurément. «Je préfère raconter des histoires plutôt que de parler de mes états d’âme. Là, c’est la vie, dans ce qu’elle peut avoir de beau et de cruel à la fois.» Et à la fin du clip, le personnage chemine post mortem vers la réconciliation. Une aspiration qui finalement résume tout le disque. Après le chaos, il peut y avoir la paix.


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