09.09.2017, 17:40  

Crans-Montana: les confidences de la légende olympique Michael Phelps

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Le plus grand champion olympique de l'histoire Michael Phelps a tapé des balles de golf samedi à Crans-Montana.

 09.09.2017, 17:40   Crans-Montana: les confidences de la légende olympique Michael Phelps

European Masters de Crans-Montana - Michael Phelps était l'invité de marque de l'Omega Celebrity Masters de golf qui se déroulait samedi en marge du tournoi de l'European Tour de Crans-Montana. Entre deux drives sous la pluie, l'homme aux 23 titres olympiques en natation s'est longuement confié.

Des bassins au green, il n’y a qu’un pas. Michael Phelps, l’homme le plus titré de l’histoire olympique avec 28 médailles dont 23 en or, était l’invité de marque du week-end de compétitions de l’European Masters de Crans-Montana. Peu avant avoir remporté avec Michelle Monaghan l’Omega Celebrity Masters dans un mini tournoi de put, l’Américain s’est longuement confié sur sa carrière, sa dépression et sa nouvelle vie hors des piscines.

 

 

Quel regard portez-vous sur vos nombreuses années passées dans les bassins?

Nager a été une période folle de ma vie. J’ai pu accomplir tout ce que je voulais, tous mes rêves. Aujourd’hui, j’ai réalisé que je ne suis plus un gars qui saute dans l’eau. Mais j’ai pris énormément de plaisir. Quand je suis arrivé pour mes derniers jeux à Rio, j’avais pris conscience que j’avais la bonne mentalité pour voir si le sport avait changé et ce que j’avais réalisé. J’ai ainsi pu prendre ma retraite en me disant: «J’ai réussi ce que je voulais dans la piscine».

Dans la hiérarchie des champions où vous situeriez-vous?

C’est difficile à dire car il y a tellement de champions qui ont marqué leur sport: Tiger Woods, Roger Federer, Usain Bolt. On a la chance de pouvoir voir tous ces champions en action. Après, je ne sais pas qui est le plus grand, mais pour moi, c’est Michael Jordan.

 

Michael Phelps a participé samedi à l'Omega Celebrity Masters de golf de Crans-Montana avec des stars comme le hockeyeur Peter Forsberg ou encore l'actrice Michelle Monaghan. © Omega

 

Pensez-vous avoir révolutionné votre sport?

Je ne suis pas le seul. Je crois qu’aujourd’hui nous, nageurs, avons le crédit et l’attention que nous méritons. Nous sommes nombreux à avoir travaillé comme des forcenés, six à sept jours par semaine pour être performants, parfois pour une seule course. Beaucoup de personnes pensent que la natation n’a pas changé. C’est faux. Nous comptons des athlètes incroyables et davantage d’opportunité qu’il y a quelques années. En Australie, la natation est maintenant le sport numéro. C’est cela que je désirais.

Pour devenir le plus grand athlète de l’histoire olympique, les concessions ont dû être nombreuses.

Peu importe le but que tu veux atteindre, il y aura toujours des sacrifices à consentir. J’ai d’ailleurs sacrifié une partie de mon enfance pour réaliser mes objectifs. Je n’étais pas un garçon normal au collège ou à l’université. J’ai vécu dans une bulle pour me protéger. Si j’ai connu des moments difficiles, c’est aussi peut-être parce que je me trouvais dans une bulle, mais aussi parce que je grandissais. Beaucoup de gens me demandent si j’aimerais changer quelque chose dans ma vie. Je leur réponds non. J’ai eu des jours noirs, je me suis battu, mais cela m’a construit à devenir ce que je suis aujourd’hui. Et je suis heureux.

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Pour remporter 23 médailles d’or alors que d’autres athlètes se battent toute leur vie pour en obtenir rien qu’une de bronze, faut-il être un surhomme?

J’ai travaillé bien plus dur que quiconque. J’ai été élevé de manière que si je voulais quelque chose, je devais me mettre des pieds au cul. J’ai passé tant d’années sans manquer un seul entraînement.

Avoir un certain talent à la base importe également?

Bien sûr. Mais il y a beaucoup de travail derrière. Toutefois, le plus dur, et beaucoup de gens luttent contre, c’est de comprendre ce qu’il se passe entre les deux oreilles. J’ai pris soin de moi dans les bassins. Je faisais en sorte d’être préparé du mieux que je le pouvais. Je ne suis pas désolé. J’ai travaillé autant que je le pouvais chaque jour, car je voulais être le meilleur. J’ai fait des sacrifices pour être le meilleur. Etre capable de faire les choses, de s’entraîner, même quand on n’en a pas envie. Je ne me réveillais pas tous les jours et courais à la piscine car j’étais excité, mais parce que je devais le faire pour atteindre les buts que je m’étais fixé.

 

 

Peut-on dire que vous être désormais plus humain?

C’est une bonne manière de décrire mon changement. Je suis désormais dans un état d’esprit qui me permet de me montrer humain. Jusqu’en 2014, c’était comme si je portais un masque. Je n’étais pas vraiment moi. Mais je me suis toujours senti humain car j’ai fait des erreurs, même si je ne me voyais uniquement comme un bon nageur. Ma vie a été faite de hauts et de bas.

Vous parlez notamment de votre dépression en 2014.

Oui, ma plus grande réussite a été de sortir de cette dépression et de ne pas rechuter. Pour moi, cela important plus qu’une médaille d’or. Si tu as la chance d’influencer quelqu’un pour qu’il ne tombe pas, de l’aider, il faut le faire, car je sais qu’il est difficile de remonter la pente. A l’époque, je ne voulais pas en parler. J’avais empilé de nombreuses choses que je portais comme un fardeau. Lors de ma dépression tout est revenu en même temps. Je suis resté assis dans le noir dans ma chambre pendant cinq jours. Sans parler à personne, ni manger. Je ne voulais plus vivre. Puis j’ai regardé en arrière et je me suis dit que j’avais de la chance d’avoir une famille aimante et des amis. C’est là que je me suis repris en main. Je me suis reconstruit pièce par pièce. J’ai dû me regarder dans le miroir et accepter qui j’étais.

 

L’Américain s’est entrainé au driving range avant de venir tester le parcours Severiano Ballesteros. © Keystone

La dépression est un mot tabou parmi les athlètes d’élite?

Beaucoup d’athlètes pensent qu’en montrant leurs faiblesses, ils seront rejetés. C’est totalement faux. Je peux en témoigner et aujourd’hui beaucoup de sportifs en parlent. Traverser cette épreuve m’a permis de devenir qui je suis aujourd’hui. Et je suis heureux avec ma famille. Mon état d’esprit a radicalement changé.

Depuis un an et votre retraite, passez-vous votre temps libre à nager avec le grand requin blanc ou à jouer au golf avec Barak Obama?

(rires) Pas seulement. Je fais énormément de choses. Je m’investis notamment dans la lutte contre les maladies mentales, j’aide par exemple aux enfants à nager. Je m’occupe également d’une marque de maillots de bain. Désormais, je profite pleinement de la vie.

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Le golf est d’ailleurs l’un de vos nouveaux défis. Quelle relation entretenez-vous avec lui?

C’est une histoire de frustration (rires). Honnêtement, je me dis souvent pourquoi j’ai commencé ce jeu. Dès que tu débutes, tu as envie de jouer tous les jours, de progresser et tu deviens dur avec toi-même. Surtout que j’ai la volonté d’être compétitif, d’atteindre certains objectifs. Je veux être capable de jouer les par. Mais après ce que j’ai vécu dans les piscines, je sais ce qui est nécessaire pour arriver au top. Et il n’est pas facile de jongler avec les plannings que l’on a. J’ai un enfant de 16 mois, une femme enceinte.

Comment atteindre ce niveau?

Je dois travailler sur les éléments où je ne suis pas bon: je ne suis pas encore capable faire un drive de 200 mètres. Le processus de progression est un véritable challenge. J’ai besoin de voir où se situe mon vrai potentiel. La maîtrise de tous les coups représente près de 10000 heures de travail. J’ai encore beaucoup de boulot.

 

Michael Phelps a présenté vendredi une édition limitée d’une montre qui porte son nom. © Omega

 

Vous semblez jamais ne vous arrêter.

Je suis hors de la maison deux semaines par mois. Ma vie a toujours été ainsi: go go go go. Mais c’est ce que j’ai besoin, mon corps a besoin de vivre à 100 à l’heure, sinon je me sens misérable. Et je me retrouve à un moment de ma vie qui est vraiment excitante où je dois trouver de nouvelles choses pour avancer. Et si je travaille tous les jours, c’est également pour être le meilleur mari, le meilleur père.

Etes-vous meilleur père que nageur?

Je ne sais pas. J’aime l’idée qu’un jour je serai un bien meilleur père que nageur. Après ce que j’ai vécu quand j’étais enfant, je sais ce que c’est de ne pas avoir de père et je veux être au côté de mon fils Boomer lors de chaque étape qu’il devra franchir. J’adore passer du temps avec lui. Tous les matins, je me lève avec lui à 6 heures. On prend le petit déjeuner, je bois un ou deux cafés, parfois on saute dans la piscine et maman dort toujours. Il fait déjà quelques mouvements de papillon dans l'eau. C’est génial. On attend encore un nouvel enfant, ma femme est enceinte de 14 semaines. La famille se construit et c’est un chapitre totalement différent qui s'écrit.

 


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