29.06.2017, 00:01  

Le rêve se construit à deux

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Thibault Trancart (derrière) et Manoelle Pauli doivent maintenir un minimum de distance entre eux lorsqu’ils descendent une piste.

 29.06.2017, 00:01   Le rêve se construit à deux

SKI ALPIN - Thibault Trancart, aveugle depuis dix ans, et son coach, Manoelle Pauli, aspirent à disputer les Jeux paralympiques 2018 à PyeongChang. Dès le mois d’août, ils dévalent les pistes en Valais.

«Le rêve paraît inaccessible, vu de l’extérieur. Mais nous, on y croit.» Nous, c’est Thibault Trancart, un Genevois âgé de 25 ans qui a perdu la vue depuis dix ans et Manoelle Pauli, originaire du Plateau de Diesse mais établie à Nendaz depuis douze ans, monitrice de ski. A eux deux, ils ont donc fait un rêve: participer aux...

«Le rêve paraît inaccessible, vu de l’extérieur. Mais nous, on y croit.» Nous, c’est Thibault Trancart, un Genevois âgé de 25 ans qui a perdu la vue depuis dix ans et Manoelle Pauli, originaire du Plateau de Diesse mais établie à Nendaz depuis douze ans, monitrice de ski. A eux deux, ils ont donc fait un rêve: participer aux Jeux paralympiques 2018 à PyeongChang (Corée du Sud). Un objectif qui devrait se matérialiser en Valais, sur les pistes des 4 Vallées. A priori, ce n’était pas gagné.

Thibault Trancart a perdu l’usage d’un premier œil à 2 ans, de l’autre à 14 ans, des suites d’un cancer rétinien. Il pratiquait le ski sans posséder un talent inné pour ce sport. «Non, mais il est doté d’une volonté au-dessus de la moyenne, relève le coach de ski handicap. Il compense ce manque de facilité, au départ, par un travail hors du commun. D’ailleurs, il ne fait plus que ça. Entre la préparation physique, neuf séances hebdomadaires, et la recherche de fonds, il est complètement focalisé sur ce double objectif, les Jeux 2018 et les Mondiaux 2019 qui se dérouleront à Obersaxen (Grisons).»

L’aventure a démarré en 2006. Thibault Trancart à 14 ans. «Un ami qui me servait de guide a plaisanté en évoquant les Jeux paralympiques, glisse-t-il. C’était au terme d’une belle descente. Depuis, c’est devenu plus concret.»

Un investissement identique aux valides

En 2011, le Genevois s’envolait tout seul à Montréal pour effectuer des études. Quatre ans plus tard, à son retour en Suisse, l’idée avait fait son chemin. En été, il s’entraîne à Genève au côté de son coach physique. Mais il retrouve deux jours par semaine Manoelle Pauli, laquelle est ses yeux sur la piste. «Un jour, on travaille le physique. L’autre, on pratique un sport plus ludique, le paddle par exemple. C’est important de peaufiner notre relation afin que ce feeling, entre nous, se retrouve sur la neige. Son investissement est identique à celui des skieurs valides. Mais les retombées, évidemment, diffèrent considérablement.»

En août, les deux athlètes prendront la direction du glacier de Saas-Fee, cinq jours par semaine jusqu’en octobre. Puis c’est la période des compétitions, quelque quinze courses par hiver entre la Coupe d’Europe et la Coupe du monde, des slaloms et des géants. «La saison passée, il a obtenu cinq podiums et le titre national en géant, précise Manoelle Pauli. Nous sommes conscients qu’il sera difficile de se qualifier pour les Jeux 2018. D’ailleurs, pour ne pas se mettre trop de pression, nous n’avons pas encore étudié précisément les critères. Il faudra attendre les premières épreuves pour se situer par rapport à la concurrence.»

Trois mois sur le glacier ont un coût

Durant l’hiver, Thibault Trancart rejoint son coach à Nendaz cinq jours par semaine. Ses résultats dépendent beaucoup de leur complicité. «Je skie devant lui, le plus près possible, raconte-t-elle. Idéalement, nos skis devraient être distants de 10 cm au maximum. La difficulté, c’est de parler continuellement dans le haut-parleur sans qu’il n’y ait jamais de temps mort et de calquer ma descente à son rythme. Je lui indique la direction à prendre et les diverses difficultés sur le parcours. Là où Thibault m’épate, c’est qu’il lui suffit d’une reconnaissance pour enregistrer le parcours et ses pièges. Le but ultime, c’est d’être dans l’action et non dans la réaction.»

Financièrement, une saison complète d’entraînements, de camps et de compétitions lui coûte quelque 70 000 francs. Des sponsors privés et le soutien de fondations lui permettent de couvrir ses frais. C’est sur le glacier de Saas-Fee, entre août et octobre, que se jouent ses résultats futurs. Il leur faut réunir un peu plus de 14 000 francs pour prendre part à ces semaines d’entraînement. Manoelle Pauli a lancé une plateforme participative – «I believe in you» – qui a déjà recensé pour près de 12 000 francs de promesses de dons. «Nous avons moins d’un mois pour réunir un peu plus de 2000 francs, conclut-elle. Si nous n’y parvenons pas, le projet tombe à l’eau. Et ça pourrait évidemment hypothéquer son rêve.»

Pour soutenir le projet, se rendre sur www.ibelieveyou.ch et taper le nom de Thibault Trancart


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