21.06.2017, 18:00  

Le combat des femmes valaisannes en quatre questions clé

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 21.06.2017, 18:00   Le combat des femmes valaisannes en quatre questions clé

Société - Le film L'Ordre divin est sur nos écrans. Il raconte l'obtention du droit de vote par les femmes en 1971. Quatre politiciennes valaisannes nous parlent de leur réalité de femmes.

Le film L’Ordre divin est actuellement sur les écrans. Il raconte le combat des femmes pour obtenir le droit de vote. C’était en 1971.

Le Nouvelliste a vu ce film en compagnie de quatre femmes politiques. Nées au cours de quatre décennies différentes, elles représentent quatre partis. Elles nous donnent leur vision du combat actuel des femmes en quatre questions.

 

Les femmes servantes de...

Le film L’Ordre divin est actuellement sur les écrans. Il raconte le combat des femmes pour obtenir le droit de vote. C’était en 1971.

Le Nouvelliste a vu ce film en compagnie de quatre femmes politiques. Nées au cours de quatre décennies différentes, elles représentent quatre partis. Elles nous donnent leur vision du combat actuel des femmes en quatre questions.

 

Les femmes servantes de 1971

Avant la votation de 1971, les femmes du film n’ont non seulement pas le droit de vote, mais en plus, elles n’ont pas le droit de travailler sans l’accord de leur mari. Les hommes pensent que la place de leurs épouses se situe à la maison, pour faire le ménage et s’occuper des enfants.

Dans le film, les femmes sont réduites à un rôle de servantes. Elles sont au service des hommes, que ce soit leur mari, leurs fils et même leur beau-père. Lorsque l’héroïne de l’histoire demande à ses enfants de débarrasser leurs assiettes après le repas, ils lui répondent: «mais on est des garçons!»

1971 : c’est quoi pour vous ?


Cilette Cretton, 72 ans, PLR: «le film est très connoté suisse alémanique. J’ai vécu cette période dans un contexte très différent, dans un milieu citadin, dans un univers plus ouvert. En Valais, 75% des hommes ont dit oui au droit de vote des femmes. Je ne connaissais pas d’homme assez stupide pour refuser que leur femme travaille. Je sais que dans certaines régions alémaniques, la situation était différente. J’ai eu des filles au pair dans les années 1970. J’ai vu que le mari devait demander à sa femme les 3 francs dont il avait besoin lorsqu’il sortait boire un verre. C’était elle la cheffe de tribu. Elle n’avait pas besoin du droit de vote.»

 

Sarah Luyet, 46 ans, UDC: «J’ai beaucoup parlé de cette période avec mes tantes. Elles se sont battues pour avoir le droit de vote. Elles se rappellent que lorsqu’elles l’ont obtenu, leurs maris leur demandaient ce qu’elles faisaient lorsqu’elles allaient voter. Elles, elles étaient fières de le faire. »

 

Marie Gaillard, 26 ans, PDC : «C’est incroyable de penser que les femmes ne pouvaient pas voter et devaient obtenir l’autorisation de leur mari pour travailler. Ce sont des droits qui nous paraissent tellement fondamentaux  aujourd’hui.  C’est une époque où le patriarcat était très fort et peu remis en cause. C’était une question culturelle et d’éducation.»

 

Denyse Betchov, 66 ans, Centre gauche PCS, était aux USA à ce moment-là. «C’était la période peace and love et il y avait autant de femmes que d’hommes dans la rue.»

Aujourd’hui, est-il facile de s’engager en politique en tant que femme ?

Sarah Luyet : «Je n’ai aucun problème à faire de la politique en étant une femme. C’est mon parti qui est venu me chercher. L’UDC laisse une grande place aux femmes. Je suis présidente du parti à Savièse. Je suis femme et je revendique mon statut de femme. Je soutiens la condition de la femme avec les idées de mon parti.»

Cilette Cretton : «Je ne suis pas sûre qu’un parti ait le monopole de la vertu dans ce domaine. Il y a eu une femme élue au Conseil national au PLR, au PS et au PDC, elles ont toutes été éjectées par un homme… Il y a égalité dans le traitement fait aux femmes! Ce manière de faire transcende les partis politiques. C’est vrai qu’il est difficile de trouver des femmes pour se présenter sur des listes. Les femmes n’ont pas l’instinct de concurrence. C’est un problème d’éducation. Quand j’étais engagée en politique, je n’aimai pas être contre quelqu’un, ce n’est pas dans ma nature, je voulais lutter pour des idées, par contre quelqu’un.»

Denyse Betchov : «Dans tous les partis, les femmes qui défendent les questions féminines sont vues comme des traitres potentielles, car elles sont tiraillées entre la ligne de leur parti et la loyauté à la cause des femmes. Pour moi, la priorité va aux droits des femmes, car ce sont des droits humains. Les femmes sont jugées sur leurs compétences, mais aussi sur leur apparence. Elles sont observées sous toutes les coutures. Il y a une pression plus grande sur elles.»

Marie Gaillard : «Je n’ai jamais eu de problème en raison de mon genre. C’est peut-être une question de génération. Aujourd’hui, tous les partis veulent avoir des femmes sur leurs listes électorales, nous sommes autant bien formées que les hommes et avons peut-être moins d’appréhension à parler en public que les générations précédentes.»

Quels sont encore les combats à mener par les femmes ?

Cilette Cretton : «Malgré tous les progrès réalisés, les carrières ne sont pas les mêmes, les salaires ne sont pas les mêmes. Tous les chefs de service de l’Etat du Valais, tous, sont des hommes. Quand on attend pendant 30 ans que ça progresse et que rien ne change, il faut un stimulant efficace. Il n’y a pas d’autres solutions que les quotas, des quotas provisoires qui seraient instauré tant qu’un certain pourcentage de femmes n’est pas atteint.»

Marie Gaillard : «Nous sommes toutes pour qu’il y ait plus de femmes. Mais est-ce que les femmes postulent pour être cheffe de service?»

Denyse Betchov : «Les dés sont pipés, car à compétence égale, les femmes ne sont pas prises.»

Marie Gaillard : «C’est un cliché. C’est aussi le fait que ces postes sont des temps plein et qu’on ne va peut-être pas assez chercher les potentielles candidates.»

Cilette Cretton : «S’il y a une obligation d’avoir un certain nombre de femmes, on en trouvera. De toute façon, pire que la situation actuelle, ce n’est pas possible.»

Marie Gaillard : «Je ne suis pas totalement contre les quotas, mais est-ce un avantage que d’engager une femme en lui disant qu’elle l’est parce qu’il y a un quota?»

Denyse Betchov : «Il y a des quotas partout. Il y a un quota pour le Haut-Valais, des quotas pour les partis. Le seul qui manque, c’est un quota qui protège 51% de la population.»

Sarah Luyet : «Je suis heureuse d’être élue pour mes compétences et pas parce que je suis une femme.»

Denyse Betchov : «Si l’on ne veut pas de quotas, il faut fixer des objectifs qui indiquent une volonté, par exemple en disant qu’on veut 30% de femmes cheffes de service.»

Sarah Luyet : «Il faut commencer par motiver les femmes. Il faut aller les chercher. Je me suis engagée parce qu’on a fait appel à moi. Beaucoup de femmes ignorent leurs compétences, alors qu’elles font 20 métiers différents.»

Marie Gaillard : «Je n’ai pas senti de barrière parce que je suis une femme. J’ai participé à une élection et je suis arrivée en tête de ma liste. Pour faire évoluer la situation, il faut des exemples, il faut donc que des femmes disent oui. Il faut également changer les mentalités, en favorisant le temp partiel pour les hommes, en augmentant le nombre de structures d’accueil extra-familiales, en instaurant un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle tant pour les hommes que pour les femmes.»

Dans votre vie privée, la parité est-elle une réalité ?

Sarah Luyet : «J’avance comme je l’entends aussi bien dans mon travail, en politique, avec mon compagnon. Tout se fait dans le dialogue. «Nous sommes la génération divorce. Cette possibilité donne aux femmes le pouvoir intérieur, la liberté. Mon divorce a fait de moi la femme que je suis, il a fait évoluer tout mon entourage; un divorce peut être quelque chose de positif.»

Cilette Cretton : «Je me suis rendue compte que si on veut que quelqu’un d’autre effectue une tâche, il faut arrêter de l’accomplir et quelqu’un finira par la faire. Mais nous n’avons pas été éduquées à ne pas faire. Nous avons une part de responsabilité dans notre situation.»

Denyse Betchov : «La femme porte la charge mentale de la vie quotidienne. Même lorsque les hommes font certaines tâches, ce sont les femmes qui y pensent, qui planifient…»

Marie Gaillard: «Dans mon cercle d’amis, une répartition égalitaire des tâches parait normale. Sur ce plan, ma génération est plus avancée que celle d’avant.»


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