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 12.01.2018, 20:05

Retour sur l'exceptionnel parcours de Marie-Thérèse Chappaz, sacrée ValaiStar 2017

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Marie-Thérèse Chappaz, vigneronne et Valaistar 2017 dans sa cave à barriques.

 12.01.2018, 20:05 Retour sur l'exceptionnel parcours de Marie-Thérèse Chappaz, sacrée ValaiStar 2017

Distinction Tout le monde connaît Marie-Thérèse Chappaz, vigneronne maintes fois distinguée. Mais comment en est-elle arrivée là? Retour sur le parcours hors du commun de celle qui a été sacrée ValaiStar 2017 jeudi soir.

On a déjà tant écrit sur la vigneronne célébrée au-delà de nos frontières, mais si on revenait aux sources?
Je viens d'une grande famille. Mes parents ont eu cinq enfants avant d'accueillir notre sœur de cœur vietnamienne. La famille compte beaucoup pour moi. J'entretiens des liens très forts avec elle.

Votre enfance vous a-t-elle prédestinée à ce métier?
Mon...

On a déjà tant écrit sur la vigneronne célébrée au-delà de nos frontières, mais si on revenait aux sources?
Je viens d'une grande famille. Mes parents ont eu cinq enfants avant d'accueillir notre sœur de cœur vietnamienne. La famille compte beaucoup pour moi. J'entretiens des liens très forts avec elle.

Votre enfance vous a-t-elle prédestinée à ce métier?
Mon enfance m'a donné le goût de la nature. Ma maman, qui était photographe animalière, nous laissait une grande liberté. Nous jouions beaucoup dehors, courant partout sans crainte de se salir. Mais je peux dire que c'est mon père qui m'a poussée vers la viticulture. Lui avait toujours rêvé de pratiquer un métier en rapport avec la nature, ingénieur forestier ou vétérinaire, mais issu d'une famille de juristes, il a presque été obligé de suivre la même voie, il est devenu avocat. Adolescente, je m'imaginais sage-femme, mais après un stage à l'hôpital, je n'en étais plus certaine. C'est alors que mon père m'a offert une vigne et m'a vraiment encouragée à en faire mon métier.

Pourquoi vous plutôt que votre frère ou vos sœurs?
Sans doute parce que je suis fidèle. Il savait que jamais je n'allais laisser tomber. Je suis d'une fidélité presque démesurée. Quand je fais quelque chose, je m'engage à fond. Mais ça n'a pas été une décision facile à prendre. J'ai hésité, longuement, puis j’ai longtemps douté d’avoir fait le bon choix. Mais aujourd'hui, quand je marche dans mes vignes, je me sens réconciliée, apaisée.

Vous venez d'une famille prestigieuse, Maurice Troillet, Maurice Chappaz…
Dans mon enfance, je ne m'en rendais pas trop compte. On allait tous les dimanches manger à l'abbaye chez les sœurs de Maurice Troillet. Maintenant, je perçois très fort cet héritage, ce devoir de loyauté, de faire perdurer ce patrimoine intellectuel et culturel. Souvent, je me sens guidée, protégée… Maurice Chappaz fut quelqu'un d'important pour moi. Une belle personne et une belle rencontre.

Vous vous investissez beaucoup dans la Fondation de l'Abbaye: Maurice Troillet, Corinna Bille, Maurice Chappaz. Vous contribuez à la faire vivre…
Oui. Nous avons beaucoup de projets, la mise en place d'un sentier de pèlerins, installer un accueil pour les pèlerins et pourquoi pas une sorte de résidence où les écrivains pourraient venir travailler dans le calme. Pour la soutenir financièrement, je verse un montant par bouteilles provenant des vignes que je loue à la fondation.

Après votre diplôme d'ingénieur œnologue, vous avez travaillé plusieurs années à Changins. Qu'est-ce que ça vous a apporté?
J'ai beaucoup appris là-bas. On y fait beaucoup de microvinifications, c'est très formateur. On y apprend la rigueur. Et on se fait un réseau. Des gens passionnés et avec qui on partage énormément.

A propos de rencontres, lesquelles ont été capitales pour vous?
Jean Crettenand, sans aucun doute. C'était un prof passionnant qui nous organisait des cours de dégustation mémorables. Didier Joris, talentueux et créateur qui a créé une émulation en Valais. Raphy Mabillard pour son goût des vins, son désir de les faire connaître dans son caveau à Charrat. Stéphane Gay avec qui j'ai travaillé quand j'avais 24 ans et qui m'a appris la vraie taille valaisanne. Madeleine Gay, Marie-Bernard Gillioz, Corinne Clavien, les trois femmes qui ont fait l'œnologie avant moi. Benoît Dorsaz et Gérald Besse, deux encaveurs dont j'estime l'esprit d'entreprise et la rectitude. Les deux m'ont apporté beaucoup de soutien. Léonard Gianadda que j'admire énormément. Fredy Girardet qui fut presque une figure paternelle, on s'aime beaucoup. Pierre Masson, Jacky et Marion Granges pour la biodynamie. Il y en a bien d'autres encore… Cela pour mon métier. Il y a aussi toutes les personnes qui ont compté et qui comptent dans ma vie privée.

Dans votre vie privée justement, quelle a été votre plus belle rencontre?
Ma fille Pranvera. C'est ma plus belle rencontre. C’est le plus grand cadeau que la vie m'a fait! Je suis tellement heureuse d'avoir eu une fille. Je me demande ce que je serai devenue si je n'avais pas pu être une maman. J'ai aussi le grand bonheur d'être devenue grand-maman. Pranvera m'a donné un petit Isaac en 2016 et elle attend un heureux événement pour ce printemps.

Pour revenir à votre parcours professionnel, dans les années 80, vous avez participé au grand tournant qualitatif des vins valaisans. Depuis 2003, vous avez opté pour la biodynamie. C'est facile de faire partie des précurseurs?
A l’époque, il y avait une super ambiance entre les vignerons-encaveurs. On se voyait souvent pour déguster les vins des uns et des autres. Ça nous a permis de progresser. Nos rencontres étaient toujours joyeuses, très amicales. C'était aussi l'époque où on mettait en place les AOC, c'était très important pour monter la qualité des vins du Valais. Quand j'ai pris le virage de la biodynamie, ça a d'abord été un voyage en solitaire pour ainsi dire. J'ai commencé la biodynamie petit à petit, le temps d'apprendre et d'avoir confiance en moi. Ça n'a pas toujours été facile. Il faut affronter tous les sceptiques. Il y en a parmi mes amis, ce n’est pas toujours évident. Je leur explique que Rudolf Steiner (ndlr: le père de la biodynamie) était un précurseur génial dont les théories se basent sur des forces invisibles comme la force du nord qui commande la boussole. Personne n'oserait remettre en cause le nord, alors pourquoi douter de la biodynamie? Je ne pourrais pas vivre dans un monde uniquement cartésien, j'ai besoin de spiritualité.

Dans la viticulture suisse, vous êtes celle qui a suscité le plus d'articles à l'étranger. Comment vous faites?
C'est peut-être parce que je les reçois bien (rires). Je me rends disponible et j'ai toujours envie de communiquer. Je suis fière de leur montrer le Valais. Je ne m'économise pas. J'ai des vignes spectaculaires, ça aide aussi…

Vous avez obtenu les meilleures notes jamais attribuées aux vins suisses par le guide Parker. On vous a élevée au rang d'icône du vin suisse. Après ça, que peut-on faire de mieux?
Faire un choix politique. S'engager pour les ressources durables, ne plus vénérer le dieu machine. Je fais tout le travail du sol avec un cheval, ça va tout aussi vite et c'est un plaisir de travailler avec ma jument Ostara. J'égrappe à la main… Pour certains travaux, la machine rend service mais il ne faut pas abîmer le paysage juste pour faire passer une machine.
Ne pas céder à la facilité et employer n'importe quels moyens pour faire du vin, c'est aussi une décision politique. C'est pour ça que j'ai accepté de présider l'Association des vignerons-encaveurs du Valais et de siéger au comité de l'IVV.

Un conseil pour les jeunes vignerons-encaveurs?
Ne pas se laisser influencer par les contingences extérieures. Faire confiance à son instinct, cultiver son enthousiasme. Etre soi-même, ne pas avoir peur de ne pas suivre le même chemin que les autres. Je voudrais leur dire de bien choisir leurs valeurs, mais je me méfie du mot valeur parce qu’il induit une mesure comparative. Alors je pourrais le formuler autrement: mettre du cœur et du cosmique dans leurs réalisations. Suivre son rêve... Il y a une phrase que j’aime beaucoup: «Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.»

A propos de rêve, lequel aimeriez-vous réaliser?
C'est tellement beau chez moi, que je veux installer des espaces où deux ou trois personnes pourraient venir boire et manger de bonnes choses. Un bon verre de vin, un bon café, du pain de seigle, un morceau de fromage… Un endroit où on viendrait lire, un lieu où se retrouver dans des moments particuliers.

Avez-vous comme votre oncle Maurice Chappaz le goût des mots?
J'aime lire. Je lis tous les soirs. Surtout des romans. Je viens de relire tout Pagnol. Quel bonheur! Ça te laisse bien parce qu'il évoque de beaux sentiments. Il traite aussi des faiblesses et de la lâcheté humaines mais sans aigreur. Pagnol, c'est à la fois profond, doux et léger. Je déteste les livres ou les films angoissants.

La question que j'ai oublié de vous poser?
Quel est votre sentiment après avoir été sacrée ValaiStar 2017? Ça m'aurait permis de remercier toutes les personnes qui ont voté pour moi, de souligner que ce titre, je le partage avec toute la viticulture valaisanne, avec tous mes collègues.

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Le virage de la biodynamie

C’est en 1977 qu’elle a eu la révélation. Invitée par Chapoutier dans la vallée du Rhône, elle assiste à une conférence sur la Biodynamie. Ce fut le déclic. Marie-Thérèse Chappaz parle de véritable coup de foudre. "Nous étions plusieurs Valaisans, j’ai dit à mes collègues, moi, j’y vais ! Je me lance dans la biodynamie." 
Après deux ans d’essais, elle franchit vraiment le pas et en 2003, l’entier de son domaine est converti en biodynamie. "C’était l’année des grandes chaleurs, de la sécheresse. Ce n’était pas évident de tout changer. Au début la vigne a eu du mal. Un peu comme quand un grand fumeur arrête de fumer." Du coup, cette vigne en renaissance n’a pas donné aussitôt le raisin espéré. Marie-Thérèse Chappaz reconnaît qu’au début ses vins étaient moins bons,  "C’était un passage délicat, mais aujourd’hui, je suis fière de ce que je produis."

 

Le grand challenge environnemental 
Selon Marie-Thérèse Chappaz, la viticulture valaisanne ne doit pas rater le tournant de l’environnement. "Pour celà, c’est crucial de se positionner clairement. Respecter toujours plus la terre et la nature sans perdre la qualité de nos vins et leur authenticité. Ne pas faire de concessions à la mode des vins plus doux par exemple. Durant quelques années on va devoir peut-être faire des sacrifices, mais ces efforts seront payants à long terme. On a tout ce qu’il faut en Valais pour faire des vins magnifiques. On a une chance inouïe : un vignoble avec des terroirs, un climat fabuleux et un savoir-faire ancestral.  Bien sûr, la topographie valaisanne est difficile mais le génie de l’homme, c’est de s’adapter à la nature, de contourner les climats difficiles. Voyez en Champagne, ils ont su créer un vin hors norme, le Jura a fait le vin jaune… C’est le génie de l’homme d'augmenter la qualité en gardant la spécificité du terroir et du climat et de ses racines."


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